Les Japonais et le mariage (Madame Figaro 8-12-2016)

Les Japonais “contraints” de se marier entre amis de longue date

Par Baptiste Erondel | Madame Figaro Le 08 décembre 2016

Au Japon, 80% des mariages sont faits dans un but extérieur à tout sentiment amoureux. Pire encore, la population abandonne toute notion de rendez-vous galant pour se marier avec des amis de longue date, rapporte The Independant. Pourquoi ? Parce que les intérêts économiques priment sur les intérêts personnels. Cette redéfinition nippone du couple et du mariage ne joue pas dans le sens du taux de natalité qui tend à s’affaisser au fil des années. Avec un taux particulièrement bas (8,4 naissances pour 1000 habitants), la population en 2060 est estimée à 87 millions d’habitants contre 127 millions actuellement.

«Je veux me marier, un ami aussi… On ne se sent pas amoureux mais nous devons le faire, il n’y a pas de temps pour l’amour. On va à la chasse au mariage, pas au roman», écrit M. Onishi sur le journal japonais Joshi Spa. Auteur d’un ouvrage intitulé À la recherche d’un mariage pour un homme de 37 ans, le professionnel des relations conjugales explique que «la chose la plus importante quand vous vous mariez, c’est de discuter à l’avance de l’avenir de cette union : des projets sur des décennies, la création d’un budget commun destiné à un objectif particulier…».

L’héritage d’une vieille tradition

Le mariage dépourvu de sentiment amoureux est devenu une tendance sur l’archipel à tel point que l’expression «Kousai zero Nichikon» (Mariage sans rendez-vous) est restée longtemps en tête des discussions au Japon.

Doit-on craindre une expansion de ce phénomène en Occident ? «Rien ne s’y prête», selon The Independent, qui met en lumière la valeur d’héritage de la pratique. En effet, le phénomène s’inscrit dans la continuité de la tradition, encore présente au pays du Soleil-Levant, du mariage arrangé.

 

Japon : les femmes devront attendre 100 jours avant de se remarier

la rédaction avec AFP | Le 08 mars 2016

Une femme japonaise devra attendre cent jours avant de se remarier après un divorce, selon un projet de loi approuvé mardi par le gouvernement. Si elle possède une preuve médicale d’absence de grossesse ou, dans le cas contraire, si elle peut prouver que la conception a eu lieu après le divorce, elle pourra se remarier immédiatement. La mesure, qui semble bien rétrograde, signe pourtant une avancée : jusqu’ici, les femmes devaient attendre six mois avant de refaire une union.

En décembre 2015, la Cour suprême du Japon avait estimé cette durée quelque peu excessive. Trois mois plus tard, le gouvernement conservateur de Shinzo Abe se met ainsi en conformité, en cette Journée internationale des droits des femmes, en réduisant ce délai à 100 jours. Une révision qui doit encore être soumise à l’accord du Parlement.

Un tel changement du code civil, qui date de 1898, n’est pas suffisant, a estimé dans un rapport publié lundi à Genève le Comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes. « Le code civil continue d’interdire aux seules femmes de se remarier pendant une période précise suivant un divorce », souligne le rapport. Certains pays occidentaux avaient encore récemment des lois similaires. La France, par exemple, a aboli par une loi adoptée en 2004 l’interdiction pour une femme de se remarier pendant 300 jours après un divorce.

Rémanence de l’organisation féodale

Le comité de l’ONU condamne par ailleurs une loi japonaise qui oblige les couples mariés à partager le même nom, estimant qu’elle est discriminatoire à l’égard des femmes car « en pratique, ce sont souvent elles qui sont poussées à adopter le nom de leur mari » (96% des femmes changent de nom pour celui de leur époux). Le 16 décembre, la Cour suprême du Japon avait maintenu ce principe datant du XIXe siècle. La loi sur les noms renvoie à l’ancienne organisation féodale de la famille au Japon, par laquelle femmes et enfants étaient sous l’entier contrôle du chef de famille.

Cependant, en vertu d’une pratique traditionnelle destinée à maintenir un patronyme en l’absence d’héritier mâle dans la famille de l’épouse, certains hommes adoptent le nom de leur femme.

(AFP)

 

Vierge à 40 ans, le mal-être du mâle japonais

la rédaction | Le 05 juin 2015

On a tellement glosé sur la Japonaise qui n’a jamais connu l’amour qu’on en a oublié son compagnon d’infortune, le puceau d’âge mûr. Un phénomène pourtant répandu au Japon.

« Je n’ai jamais eu de petite amie. Jamais. Ce n’est pas que ça ne m’intéresse pas. J’aime les femmes. Mais je suis incapable d’arriver à sortir avec l’une d’elles », confie Takashi Sakaï. À 41 ans, M. Sakaï (un pseudonyme) admet sans fard n’avoir jamais couché avec une femme et ne pas savoir comment perdre son pucelage.

Au Japon, un quart des hommes trentenaires sont vierges, selon l’Institut national de recherche sur la population, soit une progression de 3 % entre 1992 et 2010. À l’inverse, la proportion de Japonaises trentenaires qui ont conservé leur virginité a sensiblement diminué depuis 1992 (elles étaient 25 % en 2010 contre plus de 40 % en 1992).

S’il n’existe guère de statistiques internationales comparables sur le sujet, il semble toutefois que les Japonais se distinguent par une vie sexuelle moins active que celle d’hommes d’autres pays industrialisés. Ainsi, à peine 30 % des Japonais ont perdu leur virginité avant 20 ans, d’après l’étude de 2010. Les jeunes Européens sont beaucoup plus nombreux à avoir franchi le pas au même âge, selon un sondage réalisé la même année par le fabricant de préservatifs Durex : plus de 80 % des Allemands n’étaient plus vierges à 20 ans, par exemple.

“Une émasculation économique”

Comme pour expliquer maints phénomènes sociologiques au Japon, c’est d’abord dans l’économie que les chercheurs cherchent la cause d’un tel écart. L’explication résiderait dans les « deux décennies perdues » après l’éclatement de la bulle financière au début des années 1990. « Beaucoup d’hommes japonais semblent avoir perdu leur confiance sexuelle avec l’émasculation économique », avance Yoko Itamoto, une spécialiste du marché matrimonial au Japon. « Ces vingt dernières années, la situation a été très difficile pour les hommes » confrontés à la compétition et à des emplois précaires, rappelle Mme Itamoto.

Un autre expert, Shingo Sakatsume, relève un paradoxe contemporain : au Japon, le sexe est partout, dans la rue, à la télé, dans les mangas, mais il est malvenu d’en parler sérieusement. « Actuellement, il n’y a nulle part au Japon où apprendre la sexualité, comment bâtir une relation amoureuse, comment se marier », déplore M. Sakatsume. Lui s’occupe de l’ONG White Hands (« mains blanches »), qui a pour vocation d’aider les personnes victimes de blocages sexuels, notamment les handicapés, à exprimer leur sexualité. « Les gens qui ne sont pas épanouis dans leur sexualité tendent à être timides en société », observe M. Sakatsume.

L’académie des puceaux

C’est la raison pour laquelle il a fondé la Virgin Academia, qui propose notamment un programme de conférences sur les différentes façons de trouver l’âme sœur et de faire un bout de chemin avec quelqu’un. Auparavant, la société régulait elle-même l’offre et la demande des échanges matrimoniaux à travers des codes moraux stricts et ritualisés. Aujourd’hui, « c’est à chaque individu de trouver lui-même un partenaire potentiel et de négocier la part de sexe dans la relation », remarque M. Sakatsume.

Takashi Sakaï a intégré la Virgin Academia et participe à des cours de dessin, pendant lesquels il apprend à connaître l’anatomie féminine grâce à des modèles nues. « Pendant la première leçon, l’automne dernier, j’étais… comme sidéré. Leurs corps sont incroyablement beaux… J’ai appris qu’il y a beaucoup de formes différentes de seins et même d’organes génitaux », s’émerveille-t-il.

Mais cette candeur peut cacher d’infinies souffrances mentales. C’est le cas pour Monsieur « Y » :  architecte, bientôt 50 ans, toujours vierge. Il explique ne pas être « le genre de type à flirter ». Il ne fréquente pas les bars à hôtesses, ne regarde jamais un film porno. Il est tombé amoureux deux fois, d’abord à 25 ans puis il y a deux ans. Dans les deux cas, il a été dévasté. « J’ai perdu ma fierté. J’ai perdu toute raison de vivre », confesse-t-il au téléphone. Il a même perdu dix kilos à chaque rupture. Son compatriote Takashi Sakaï, lui, prend désormais la vie avec philosophie. « Pas la peine d’être pessimiste, se console-t-il. De toute façon, on ne meurt pas d’être puceau. »

(Avec AFP)

La moitié des Japonais ne ferait plus l’amour

Par Lucile Quillet | Le 03 février 2015

Une étude bisannuelle du planning familial nippon assure que 50 % des femmes mariées n’ont pas eu de relations sexuelles dans le dernier mois écoulé. Les chiffres de l’abstinence, en constante progression, menacent l’équilibre démographique.

Les Japonais sont de plus en plus nombreux à bouder le sexe. Dans son étude bisannuelle, le planning familial nippon explique que 49,3 % des Japonais entre 16 et 49 ans n’ont pas eu de rapport sexuel durant le mois passé, contre 41 % en 2010.

La faute au célibat ? Pas exactement, car le phénomène touche aussi les Japonais en ménage. Selon le Japan Times, le nombre de couples abstinents ne cesse pas non plus d’augmenter : 36,2 % des époux affirment ne pas avoir eu de rapports, contre 50 % des épouses, au cours des 30 derniers jours. L’étude ne dit pas si la disparité des chiffres signifie que les hommes ont plus de mal à avouer leur abstinence, ou si leurs rapports ont eu lieu hors du couple…

Parmi les raisons avancées pour expliquer cette abstinence, 23,8 % des Japonaises estiment que le sexe est synonyme d’ennui. Environ 18 % se disent trop fatiguées après leur journée de labeur pour trouver l’énergie du désir, comme 21 % des maris. Près de 16 % d’entre eux n’ont tout simplement pas trouvé de justification à l’absence de sexe, précisant toutefois qu’elle était apparue après la naissance de leur enfant.

« Comme dans tous les couples, la flemme et la lassitude l’emportent avec le temps », pensez-vous. Faux. Car les jeunes Japonais représentent la tranche d’âge la plus réfractaire à la chose. Ainsi, 20,3 % des hommes entre 25 et 29 ans affirment n’avoir que peu ou pas d’intérêt pour le sexe, si ce n’est du dégoût.

La précédente étude montrait que ce constat était encore pire chez les adolescents, accaparés par l’obsession de leur réussite scolaire : 36 % des garçons et 58,5 % des filles de 16 à 19 ans s’avouaient indifférents au sexe, jusqu’à en éprouver une aversion parfois.

Cette affaiblissement du désir sexuel pèse de plus en plus lourd sur la démographie du Japon. Si les Nippons font moins l’amour, ils font, par conséquent, moins d’enfants. Avec le quatrième taux de natalité le plus bas de l’OCDE (1,4 enfant par femme), le renouvellement démographique est sérieusement menacé. Et l’on sait que dans un pays de vieillards, le dynamisme économique est rarement au rendez-vous. Reste à savoir comment le gouvernement compte convaincre ses citoyens de retourner s’activer sous la couette, pour le bien de la patrie.

Le Figaro

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