Tanaka Ippei 田中逸平 figure de l’Islam Japonais

(Conférence au sein d’un séminaire à l’Ecole doctorale de l’Université de Bordeaux)

La conversion de Tanaka Ippei 田中逸平 (1882-1934) en 1924, fut déterminante pour l’Islam au Japon, car l’islam connut un nouveau profil des convertis: les militaires.
En effet Tanaka, qui était un fervent disciple du général  Nogi, a contribué à élargir l’audience des cercles islamistes de façon générale et surtout dans les milieux militaires.
Mais Ippei était surtout un pécialiste de langue chinoise, il quitte le Japon en 1902 pour rejoindre son professeur de littérature chinoise à Pékin. Pendant la guerre nippo-russe il intègre l’armée impériale en tant qu’interprète, avant de rejoindre la base japonaise à Qingdao 青島 où il restera jusqu’en 1917 comme directeur de l’éducation au sein de l’Administration militaire de la région. Il s’installera par la suite à Jinan 済南 avant de se retirer dans un ermitage où il donnait des leçons à des jeunes chinois. Son contact avec la communauté musulmane à Jinan  fut décisif pour la suite de son oeuvre.
Avant sa conversion il s’était lancé dans l’étude de grands penseurs de l’islam classique chinois et il a écrit un livre mettant en parallèle «  l’Islam en Chine et le shintô impérial»  支那回教問題の将来と公国神道 (Shina kaikyô no shôrai to kôkoku shintô), Puis il traduit la biographie de Mohamed écrite par l’islamologue chinois Liu Jielian 劉介廉 sous le titre Teppô shisei jitsuroku 天宝至聖実録 (La vraie histoire de l’Elu sacré).
En dix ans, entre 1923 et 1934, année de sa mort, il s’activa au sein des milieux nationalistes et essaya de promouvoir ce qu’il est permis d’appeler un lobby militaire pro-musulman pour soutenir les ambitions du Japon en Asie de façon générale et particulièrement en Chine.
Sa conversion fut annoncée par le journal très nationaliste Nippon oyobi Nipponjin 日本及び日本人 édité par la société Seikyô-sha 政教社. Cette annonce avait à l’époque une symbolique assez forte: pour la première fois un Japonais nationaliste militant  pour le Grand Japon se réclamant de l’essence nationale ne trouve pas de contradiction à revendiquer haut et fort sa nouvelle religion, mais cela a été bien reçu car il allait dans le sens du nationalisme et oeuvrait pour l’expansionnisme japonais en Asie et pouvait associer la Chine par un genre d’entrisme religieux .
Il prend le nom de Nur Mohamad puis part pour son premier pélerinage à la Mecque. A son retour il écrit une série d’articles publiée dans ce même   Nippon oyobi Nipponjin  relatant son voyage.
De retour au Japon il écrit son grand livre où il décrit les étapes qui l’ont conduit à l’islam Hakuun yûki 白雲行(Le Voyage du nuage blanc). C’est dans ce livres qu’il développe sa théorie sur L’Islam et la théorie de la Grande Asie (Isuramu to Dai Ajia shugi イスラムと大亜細亜主義 ). Or ce qui donne une coloration particulière à son militantisme et à son combat intellectuel, c’est son effort pour créer des rites musulmans japonisés. Il échoua car peu de convertis lui emboîtèrent le pas.
Tanaka disparu, d’autres disciples prirent la relève et formèrent les bases d’un futur islam japonais, modeste par sa taille et ses ambitions.
Il serait intéressant d’avoir une rélexion sur les raisons de ce rapprochement entre nationalisme japonais naissant et cette religion venue de si loin et importée de Chine, surtout dans les conditions de cette époque mouvementée des relations avec la Chine et le monde entier.
Pendant la première période des contacts avec l’islam, les Japonais considéraient leur ouverture vers les populations musulmanes comme une étape dans leur stratégie d’alliance de revers dirigée contre la Russie. Dans la deuxième période, le facteur islam, toujours dans une forme d’alliance de revers (mais interne à la Chine cette fois-ci), était dirigé contre les nationalistes chinois opposés à la mainmise du Japon sur leur pays.

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